Longtemps considéré comme l’un des pays d’Afrique de l’Ouest les plus touchés par le VIH, le pays enregistre aujourd’hui des progrès significatifs. Selon les données officielles citées par le ministère de la Santé, la prévalence nationale est passée de 3,7 % en 2010 à 1,5 % en 2025. Les nouvelles infections ont également diminué de 67 % depuis 2010, tandis que les décès liés au sida ont enregistré une baisse de 75 % sur la même période.
Ces avancées ne signifient toutefois pas la fin de la lutte. Les disparités demeurent importantes, notamment entre les femmes et les hommes. Les femmes restent davantage exposées au VIH, avec une prévalence estimée à 3,6 %, contre 1,3 % chez les hommes. Environ 410 000 personnes vivent encore avec le virus en Côte d’Ivoire et 82 % connaissent leur statut sérologique.
Créé en 2004 sous la double tutelle du ministère de la Santé et de celui chargé de l’Économie et des Finances, le FNLS a contribué au financement de plus de 783 projets communautaires en faveur des personnes vivant avec le VIH.
Avec la réforme, son champ d’intervention est appelé à s’élargir. Le nouveau dispositif devra prendre en compte, au-delà du VIH, d’autres priorités sanitaires, notamment la santé maternelle, la nutrition et la sécurité sanitaire.
Cette évolution traduit la volonté de passer d’une approche essentiellement verticale, centrée sur une maladie, à une approche davantage intégrée aux soins de santé primaires et à la couverture maladie universelle. L’objectif est également de disposer d’un mécanisme national capable de mobiliser rapidement des ressources en cas d’apparition ou d’aggravation d’une urgence épidémiologique.
La transformation du FNLS intervient dans un contexte financier particulièrement sensible. Pendant plusieurs années, une grande partie du financement de la lutte contre le VIH en Côte d’Ivoire provenait de partenaires extérieurs, notamment du PEPFAR et du Fonds mondial.
Selon les données présentées dans le cadre de cette réforme, 78 % du budget consacré à la lutte contre le VIH étaient financés par le PEPFAR, 17 % par le Fonds mondial et seulement 5 % par l’État. Le FNLS fonctionne actuellement avec une contribution publique représentant environ 30 % de ses ressources, les partenaires assurant les 70 % restants.
La réduction ou la réorientation de certains financements extérieurs pousse ainsi les autorités ivoiriennes à renforcer la mobilisation des ressources nationales. Une orientation saluée par l’ONUSida, qui encourage les pays à accroître progressivement leur financement domestique de la santé.
Cette mutation s’accompagne néanmoins d’importants besoins financiers. Pour réussir la transition vers une prise en charge intégrée et durable, la Côte d’Ivoire devra mobiliser des ressources supplémentaires estimées à 150 milliards de FCFA.
L’enjeu est d’autant plus important que la prise en charge des personnes vivant avec le VIH demeure coûteuse. Sans subvention, le traitement antirétroviral peut représenter environ 80 000 FCFA par mois et par patient.
La réforme devra donc trouver un équilibre entre l’élargissement des missions du fonds et la nécessité de garantir la continuité des programmes de lutte contre le VIH. L’objectif demeure notamment de préserver les acquis enregistrés au cours des dernières années tout en préparant le système sanitaire à de nouvelles menaces.
La transformation du FNLS s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur la capacité de la Côte d’Ivoire à anticiper et à gérer les crises sanitaires. L’expérience de la Covid-19 a notamment montré l’importance pour les États de disposer de mécanismes nationaux capables de mobiliser rapidement des financements et des moyens d’intervention.
Pour le gouvernement ivoirien, cette nouvelle configuration doit permettre de consolider les progrès réalisés contre le VIH tout en renforçant la résilience du système de santé face aux futures épidémies.
La Côte d’Ivoire maintient par ailleurs son ambition d’éliminer le VIH comme problème de santé publique à l’horizon 2030. La transformation du FNLS apparaît donc comme un changement de modèle : d’un fonds consacré principalement à une maladie, il doit progressivement devenir un instrument plus large de financement et de réponse aux urgences sanitaires.
Un défi majeur pour les prochaines années sera de garantir que cette ouverture à de nouvelles priorités ne se traduise pas par un affaiblissement des efforts consacrés au VIH, mais au contraire par une meilleure intégration des réponses sanitaires et une plus grande autonomie financière du pays.