La cérémonie a également permis de réaffirmer les ambitions scientifiques et intellectuelles du Département de Philosophie. Son premier responsable, le Dr (MC) KOUADIO Koffi Decaird, a souligné la nécessité d’inscrire les travaux de recherche dans les débats scientifiques internationaux, tout en accordant une place centrale aux expériences historiques, sociales, politiques et culturelles des sociétés africaines.

« Notre responsabilité est double : inscrire nos travaux dans les débats internationaux et simultanément penser les réalités africaines à partir de leurs expériences historiques, sociales, politiques et culturelles », a-t-il déclaré.

Pour sa part, le directeur de l’UFR Sciences de l’Homme et de la Société (SHS), le professeur NASSA Dabié Désiré Axel, s’est réjoui de la mobilisation des étudiants et des enseignants, qu’il considère comme un signe encourageant pour le rayonnement de l’UFR et de ses disciplines.

La Mètis et le Nostos, deux clés de lecture de l’action politique

Au cœur de cette rentrée solennelle, le professeur DION Yodé Simplice, président de l’Association ivoirienne des professeurs de philosophie (AIPP) et vice-président de l’UFHB chargé de la Planification, de la Programmation et des Relations extérieures, a invité son auditoire à dépasser la dimension épique de l’Odyssée d’Homère pour en explorer les implications philosophiques et politiques.

Son analyse s’est articulée autour de deux notions fondamentales : la Mètis, qui désigne une intelligence rusée, stratégique et adaptative, et le Nostos, qui renvoie au retour au pays natal, aux origines et à l’espace fondateur de l’appartenance.

Au-delà de leur ancrage dans la Grèce antique, ces concepts permettent d’interroger la capacité des individus et des sociétés à agir dans l’incertitude, à surmonter les épreuves et à préserver leurs repères face aux transformations du monde.

À travers la figure d’Ulysse, le conférencier a mis en évidence l’importance de l’intelligence pratique dans la prise de décision. Le héros homérique se distingue par sa capacité à déchiffrer les situations, à anticiper les dangers et à adapter sa conduite aux circonstances. Cette aptitude repose sur la finesse du jugement, la prudence et l’inventivité plutôt que sur la seule puissance physique.

La Mètis apparaît ainsi comme une ressource essentielle pour comprendre les mécanismes de la décision dans des environnements complexes et instables. Le contraste symbolique entre Achille, figure de la puissance héroïque, et Ulysse, incarnation de l’intelligence stratégique, illustre cette complémentarité entre force et discernement.

« L’Odyssée n’est pas qu’une suite d’aventures ; c’est une leçon sur le passage de la force (Achille) à l’intelligence adaptative (Ulysse). À travers le concept de la Mètis et du Nostos, le poème d’Homère définit l’art de naviguer dans l’incertitude tout en restant fidèle à ses racines », a expliqué le professeur DION Yodé Simplice.

Une philosophie ancrée dans les réalités africaines

Cette réflexion souligne l’importance d’une pensée philosophique capable de dialoguer avec les traditions intellectuelles du monde tout en restant attentive aux expériences propres aux sociétés africaines.

En inscrivant les œuvres fondatrices de l’Antiquité dans les débats contemporains, cette leçon inaugurale a ouvert des pistes de réflexion sur la décision, le pouvoir, l’identité et la capacité d’adaptation des sociétés face aux incertitudes.

À travers cette rentrée solennelle, le Département de Philosophie de l’UFHB réaffirme ainsi sa volonté de promouvoir une recherche exigeante, ouverte aux débats internationaux et attentive aux réalités africaines.