Pendant trois jours, représentants d’États, agences spatiales, entreprises, chercheurs, investisseurs et jeunes pousses technologiques se retrouvent dans la capitale économique ivoirienne autour d’un même enjeu : accélérer l’émergence d’un écosystème spatial africain capable de répondre aux besoins du continent.
Placée sous le thème « Le spatial africain en action : structurer, décider, déployer pour le développement socioéconomique durable du continent », cette première édition vise à rapprocher la recherche, les pouvoirs publics et le secteur privé. Observation de la Terre, télécommunications satellitaires, navigation, intelligence artificielle, traitement des données, recherche, formation et investissement figurent parmi les principaux domaines mis en avant.
Le spatial au service des politiques publiques
Représentant le vice-Premier ministre, ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, le ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique, Mamadou Touré, a insisté sur la dimension stratégique des technologies spatiales.
Selon lui, les données satellitaires peuvent désormais accompagner directement les politiques publiques, de l’agriculture à l’aménagement du territoire, en passant par les transports, la surveillance des frontières et des espaces maritimes, ainsi que la gestion des catastrophes.
« Avec la création de l’Agence spatiale de Côte d’Ivoire, notre pays reconnaît que l’espace n’est plus une frontière lointaine réservée aux privilèges de quelques nations. C’est le levier de nos territoires, c’est le levier de nos économies et, par-dessus tout, le gardien de notre sécurité économique », a-t-il déclaré.
Mamadou Touré a également établi un lien entre la politique spatiale et les priorités du Plan national de développement 2026-2030. Sécurité, agriculture, infrastructures, investissement privé et développement du capital humain doivent, selon lui, bénéficier des opportunités offertes par les technologies spatiales.
« Chaque donnée spatiale est un outil d’aide à la décision politique, une boussole pour nos investissements et une garantie d’efficacité pour nos politiques de croissance », a-t-il soutenu, avant de souligner le rôle du spatial dans la protection du territoire national.
« Face aux menaces asymétriques, au terrorisme, à la piraterie maritime et aux trafics transfrontaliers, le contrôle de l’espace est notre premier rempart », a-t-il ajouté.
Vers une coopération spatiale africaine renforcée
Pour le ministre, l’enjeu dépasse toutefois les frontières ivoiriennes. L’Africa Space Expo doit contribuer à une dynamique continentale fondée sur la coopération et la mutualisation.
« Il nous incombe donc de nous structurer, de faire le bon choix de la science et de la technologie spatiale appropriée pour la résolution de nos priorités et de nos enjeux », a-t-il affirmé, appelant à « la mutualisation de nos compétences, de nos infrastructures et de nos données ».
Le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, a, pour sa part, mis l’accent sur l’articulation entre les infrastructures satellitaires et les réseaux terrestres. La Côte d’Ivoire entend poursuivre l’extension de la connectivité numérique en s’appuyant notamment sur les solutions spatiales.
Cette ambition s’accompagne d’un autre chantier, celui de la donnée. Les informations produites ou exploitées sur le territoire ivoirien sont appelées à prendre une dimension stratégique, ce qui implique des infrastructures sécurisées, des règles d’interopérabilité et une gouvernance adaptée.
Adama Diawara annonce des « états généraux de l’espace »
La formation et la recherche occupent également une place centrale dans cette stratégie. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, professeur Adama Diawara, a annoncé la perspective de l’organisation d’« états généraux de l’espace » en Côte d’Ivoire.
L’objectif sera notamment de dresser un état des lieux des capacités nationales, d’identifier les besoins et de définir les bases d’une politique spatiale cohérente.
« Pour savoir où nous voulons aller, nous devons d’abord savoir précisément où nous en sommes », a expliqué le ministre.
Ces états généraux devraient réunir les ministères sectoriels, les forces de défense et de sécurité, les universités, les centres de recherche, les startups, le secteur privé, les utilisateurs de données et de services spatiaux ainsi que les partenaires internationaux.
À travers cette démarche, les autorités ivoiriennes souhaitent faire de l’Agence spatiale de Côte d’Ivoire (ASCI) une structure fédératrice.
« Notre ambition est de construire une agence qui fédère, une agence qui met en réseau nos universités et nos laboratoires, une agence qui rapproche la recherche des besoins des ministères sectoriels, une agence qui transforme la connaissance scientifique en service à haute valeur ajoutée pour l’État, l’économie et les citoyens », a déclaré Adama Diawara.
L’ASCI devrait ainsi intervenir dans des domaines aussi variés que l’agriculture, la surveillance des forêts, la gestion des ressources en eau, la protection des zones maritimes et côtières, la prévention des catastrophes, l’aménagement du territoire, les télécommunications, la santé, la sécurité et la défense.
Pour le ministre, l’enjeu est de dépasser une logique de projets isolés afin de construire une véritable capacité nationale.
« Une ambition spatiale sans politique nationale resterait une succession de projets. Notre objectif est différent. Nous voulons construire une capacité nationale, cohérente, souveraine et durable », a-t-il insisté.
L’ASPEX, une plateforme pour le marché spatial africain
Au-delà des questions institutionnelles et scientifiques, l’ASPEX revendique également une forte dimension économique. Dr Tidiane Ouattara, président du Conseil de l’Agence spatiale africaine, commissaire général de l’événement et directeur général de l’ASCI, a résumé cette ambition en une formule : « L’espace n’est plus un luxe, c’est une nécessité. »
Selon lui, l’Afrique doit désormais passer d’une logique de consommation de technologies venues d’ailleurs à une approche davantage structurée autour de ses propres besoins, de ses compétences et de ses capacités d’investissement.
« Il ne s’agit pas seulement de présenter des technologies, mais de créer des opportunités concrètes d’affaires et de bâtir des alliances stratégiques pour l’Afrique », a-t-il déclaré.
Dr Tidiane Ouattara estime ainsi que l’ASPEX peut devenir un instrument de structuration du marché spatial africain.
« L’Afrique se dote enfin d’une plateforme pour structurer son marché spatial, mobiliser les investissements et nouer des alliances industrielles », a-t-il affirmé.
Une vision partagée par Thandekile Mbvundula, vice-présidente de l’Agence spatiale africaine, pour qui l’événement dépasse le cadre d’une exposition classique.
« C’est plus qu’une simple exposition. C’est une plateforme d’affaires unique ancrée dans l’engagement du secteur privé », a-t-elle souligné.
Des accords pour renforcer les partenariats
Cette orientation s’est déjà traduite par la signature de plusieurs accords. Un partenariat entre l’Agence spatiale africaine et les États-Unis porte notamment sur le partage d’expertise, la mutualisation des ressources et le développement de solutions adaptées aux réalités africaines.
Un autre accord, conclu entre la Côte d’Ivoire et l’Angola, vise à renforcer la coopération entre universités, centres de recherche et acteurs industriels.
La présence des États-Unis, du Maroc et de l’Angola, aux côtés de délégations et de professionnels venus de plusieurs régions du monde, illustre l’ambition internationale affichée par les organisateurs.
À travers l’ASPEX, Abidjan se positionne ainsi comme un espace de rencontres entre acteurs publics, scientifiques et économiques autour des enjeux liés au développement du secteur spatial africain.