Quelles technologies numériques sont utilisées dans la réponse actuelle à Ebola en Afrique ?

Les outils numériques soutiennent désormais chaque étape de la riposte.

Au niveau de la détection, le système Epidemic Intelligence from Open Sources (EIOS) analyse les actualités, les réseaux sociaux et, dans certains pays, les radios locales afin de repérer rapidement les signaux d’événements sanitaires inhabituels. Il est aujourd’hui utilisé dans 44 des 47 pays de la Région africaine de l’OMS.

Pour la flambée en cours en République démocratique du Congo (RDC), EIOS est utilisé quotidiennement pour détecter de nouveaux signaux dans les provinces touchées et non touchées afin de renforcer la gestion des alertes. Les données de surveillance de routine du système SIMR (Surveillance intégrée de la maladie et riposte) via la plateforme DHIS2 (District Health Information Software 2) ainsi que le système EWARS (Early Warning, Alert and Response System) permettent également de suivre les nouveaux signaux.

Comme d’autres pays de la région, la RDC transmet chaque semaine des données sur les maladies prioritaires via une plateforme régionale centralisée de surveillance intégrée des maladies basée sur DHIS2, utilisée par 43 pays. Les événements suspects sont suivis dans un système régional de gestion des signaux et des événements. Un autre outil de soutien est une plateforme de gestion des alertes : un système centralisé, accessible par téléphone mobile, qui stocke, hiérarchise et gère les alertes provenant de toutes les sources, y compris des communautés.

Au stade du diagnostic, les résultats des laboratoires sont intégrés dans une base de données commune des cas, permettant aux équipes nationales et régionales de consulter les nouveaux cas confirmés le jour même. L’expansion des réseaux de laboratoires et l’introduction de nouvelles plateformes de dépistage, notamment RadiOne, les tests RT-PCR utilisant les kits prioritaires Altona, les capacités de dépistage mobile et un meilleur accès aux diagnostics accélèrent la détection et la notification des cas.

Pour le contrôle de l’épidémie, les investigations des cas, l’identification des contacts et leur suivi sont enregistrés sur tablettes et téléphones grâce à DHIS2 Tracker. Des tableaux de bord, la cartographie des cas ainsi que des outils de suivi des centres de traitement, des activités des partenaires et des points de passage frontaliers permettent d’assurer une surveillance continue. Des outils analytiques suivent également les cas, les décès et les indicateurs de la réponse dans les zones affectées.

Les smartphones semblent être l’outil le plus important pour gérer la flambée. Comment les professionnels de santé les utilisent-ils pour contenir l’épidémie ?

Les équipes de première ligne utilisent des smartphones et des tablettes pour enregistrer les alertes, investiguer les cas suspects et assurer le suivi des contacts dans DHIS2 Tracker, qui fonctionne hors ligne et se synchronise dès qu’une connexion est disponible.

Les coordonnées GPS recueillies lors des investigations et des alertes permettent de cartographier quotidiennement les cas et les alertes, d’identifier les nouvelles zones de santé touchées et de positionner efficacement les centres de traitement, les équipes funéraires et les approvisionnements.

Les réseaux mobiles fournissent également des lignes d’assistance gratuites (151 en RDC et 719 au Kenya) ainsi que des services de messagerie permettant au public de signaler des personnes malades ou des décès et de poser des questions.

Aux points d’entrée, plusieurs centaines de milliers de voyageurs sont contrôlés chaque jour en RDC, qui développe actuellement la numérisation des contrôles aux points d’entrée.

Et comment l’IA est-elle utilisée ?

Oui, de manière concrète et ciblée, avec une validation systématique des résultats par des experts.

La production des rapports de situation (SITREPs) est désormais automatisée grâce à l’IA. Cela a considérablement réduit le temps nécessaire à la consolidation quotidienne des données, à leur vérification et à la production des rapports.

L’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique intégrés à EIOS analysent des centaines de milliers d’articles et ne retiennent que ceux susceptibles de signaler un événement réel. Les outils de conversion parole-texte transcrivent les radios locales dans plusieurs langues, permettant ainsi de détecter les rumeurs et les signaux sur de potentielles  maladies dans des communautés sans accès à Internet.

L’équipe a également intégré un ensemble de six modèles de prévision développés en partenariat. Ces modèles produisent chaque semaine des projections sur les cas et les décès et estiment la vitesse de propagation du virus dans chaque zone de santé.

L’IA géospatiale combine les données de surveillance avec les données satellitaires et climatiques afin d’identifier les zones présentant un risque élevé. Ces outils soutiennent la prise de décision mais ne remplacent ni les épidémiologistes ni les équipes de terrain.




Dr. Etien Luc Koua