C’est dans cette dynamique que s’est ouverte, le lundi 19 octobre, dans la commune du Plateau, la sixième édition du Cross-Country Learning Exchange (CCLE), autour du thème : « Des données probantes au passage à l’échelle : renforcer les systèmes gouvernementaux pour une mise en œuvre adaptative et l’institutionnalisation ».

Représentant le ministre de l’Éducation Nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement Technique, Moustapha Sangaré, a souligné l’importance de rapprocher les connaissances issues de la recherche des décisions publiques. Pour lui, les politiques éducatives doivent avant tout produire des résultats tangibles dans les salles de classe, à travers des apprentissages solides et de meilleures perspectives pour chaque enfant.



« L’ambition éducative prend tout son sens lorsqu’elle se traduit, dans chaque classe, par des apprentissages solides et de meilleures perspectives pour chaque enfant », a-t-il rappelé, insistant sur la nécessité d’évaluer les réformes à l’aune de leurs effets réels sur les élèves.

Dans cette dynamique, les données probantes apparaissent comme un levier essentiel pour identifier les interventions éducatives les plus efficaces, mesurer leurs effets et orienter les choix des pouvoirs publics. Elles doivent notamment permettre de mieux comprendre les pratiques qui favorisent les apprentissages, d’accompagner les enseignants, de détecter précocement les difficultés scolaires et d’optimiser l’utilisation des ressources disponibles.

Cette démarche s’inscrit dans la continuité des réflexions engagées à travers les États Généraux de l’Éducation Nationale et de l’Alphabétisation (EGENA), qui ont constitué un cadre de réflexion sur les défis du système éducatif ivoirien.

À cet effet, le Laboratoire pour l’Éducation (EdLab), rattaché à la Direction des Études, de la Planification et des Statistiques (DEPS), occupe une place stratégique. Ce dispositif vise à rapprocher la recherche des besoins de l’administration éducative et à favoriser l’utilisation des résultats disponibles dans la préparation, le suivi et l’ajustement des programmes.

Pour les autorités éducatives, l’enjeu est de consolider ce laboratoire, de renforcer les compétences nationales et d’inscrire progressivement l’utilisation des données dans le fonctionnement quotidien du ministère. Une attention particulière est également accordée à la circulation de l’information entre les établissements scolaires, les services déconcentrés et l’administration centrale, afin que les réalités du terrain puissent éclairer les décisions et déboucher sur des réponses adaptées.

Au-delà de la production des connaissances, la rencontre met l’accent sur un défi majeur : le passage à l’échelle des interventions éducatives efficaces. Une initiative qui produit des résultats satisfaisants dans quelques établissements ne garantit pas nécessairement les mêmes performances lorsqu’elle est étendue à un grand nombre d’écoles.

Sa généralisation nécessite donc d’évaluer les coûts, les besoins en formation, les capacités des services concernés et les conditions de financement et de continuité. Il importe également de vérifier que les résultats obtenus peuvent être maintenus dans des contextes différents, notamment dans les zones confrontées à de fortes contraintes.

Prenant la parole, Annie Duflot, Directrice Exécutive d’Innovations for Poverty Action (IPA), a insisté sur la nécessité d’ancrer durablement l’utilisation des données dans les institutions publiques. Selon elle, l’efficacité des politiques repose sur la combinaison de données issues de la recherche, de l’expérimentation et des informations opérationnelles permettant d’ajuster les programmes au cours de leur mise en œuvre.

 

Elle a rappelé que l’IPA accompagne depuis plus de dix ans des ministères dans la création d’équipes capables de produire et d’utiliser des données au service de l’action publique. L’organisation travaille aujourd’hui avec plus d’une vingtaine de laboratoires dans différents pays et dans plusieurs secteurs, notamment l’éducation, la santé et la protection sociale.

Pour Annie Duflot, la pérennité des résultats dépend de l’intégration de ces pratiques dans le fonctionnement régulier des administrations, au-delà des projets ponctuels. Elle a ainsi invité les participants à tirer profit de ces trois journées pour partager leurs expériences, confronter leurs approches et repartir avec des solutions susceptibles d’être adaptées à leurs propres contextes.

Dans le même esprit, Dr Maud Akissi Amon-Tanoh a mis en avant l’importance de passer de la production des données à leur utilisation effective dans la décision publique. Elle a souligné que les contextes institutionnels, les priorités et les contraintes varient d’un pays à l’autre, rendant indispensables les échanges d’expériences et l’adaptation des pratiques.



La rencontre offre ainsi à la Côte d’Ivoire l’occasion de partager son expérience, notamment à travers les travaux de son Laboratoire pour l’Éducation, tout en tirant des enseignements des démarches mises en œuvre dans d’autres pays.

Organisée avec l’appui d’Innovations for Poverty Action, du What Works Hub for Global Education, de la Jacobs Foundation et d’autres partenaires, cette sixième édition du CCLE ambitionne de déboucher sur des avancées opérationnelles.

Les participants sont notamment appelés à mieux cerner les conditions nécessaires à la généralisation des interventions efficaces, à identifier des pistes pour améliorer le suivi des programmes et à définir, pour chaque équipe participante, une action prioritaire à conduire à l’issue des travaux, assortie d’un calendrier et de modalités de suivi.

Au terme de ces trois journées, le véritable succès de cette rencontre se mesurera donc moins à la richesse des échanges qu’à leur traduction en décisions, en pratiques améliorées et en capacités institutionnelles renforcées.