À travers cette initiative portée par le Réseau des étudiants en orthophonie de Côte d’Ivoire, les participants ont été invités à mieux comprendre une filière encore jeune et relativement méconnue dans le pays. Une méconnaissance qui constitue, selon les intervenants, l’un des principaux défis à relever pour permettre aux populations concernées d’accéder plus rapidement aux soins appropriés.

L’orthophonie ne se limite pas aux seuls troubles du langage. Elle intervient auprès d’enfants présentant des difficultés de communication, mais également d’adultes affectés par certaines pathologies, notamment après un accident vasculaire cérébral (AVC), afin de les accompagner dans la récupération de leurs capacités de communication et leur réintégration sociale.

Selon Koné Yeboum, sous-directrice de l’École de formation initiale de l’INFAS, la formation en orthophonie, lancée depuis moins de cinq ans, a déjà produit une première promotion opérationnelle sur le terrain. L’enjeu est désormais de mieux faire connaître cette profession et d’orienter les familles vers les spécialistes lorsqu’elles constatent des signes nécessitant une prise en charge.

« Derrière chaque trouble de la communication, il y a un enfant ou un adulte qui cherche simplement sa place dans la société », a souligné la marraine de la cérémonie, Cissé Madé, mettant en avant la dimension sociale de cette discipline. Pour elle, l’orthophonie constitue un véritable outil d’inclusion, de dignité et d’égalité des chances.


Le thème de la journée a également mis l’accent sur la prise en charge précoce en orthophonie, ainsi que sur la pluridisciplinarité et la collaboration interprofessionnelle.

Cette approche prend tout son sens dès les premiers moments de la vie. L’infirmière, qui intervient notamment à l’accueil du nouveau-né, peut contribuer à détecter précocement certaines anomalies et orienter les enfants vers un orthophoniste. Une orientation rapide peut favoriser une meilleure prise en charge et accompagner le développement de l’enfant.

Pour Toutou Kragbe Christiane José, étudiante en orthophonie et présidente du Réseau des étudiants en orthophonie de Côte d’Ivoire, cette démarche doit permettre aux futurs professionnels de santé de dépasser le simple cadre de leurs spécialités.

L’objectif, a-t-elle expliqué, est de partager les compétences et de travailler ensemble afin d’assurer une prise en charge globale des patients.

La question de la collaboration interprofessionnelle a occupé une place importante dans les échanges. Pour les responsables de la formation, la prise en charge efficace d’un patient suppose une meilleure circulation de l’information entre les différents acteurs du système de santé.

Professeur Méliane N'Dhatz-Ebagnitchié épouse Sanogo, directrice générale de l’INFAS, a insisté sur la nécessité d’intégrer davantage la recherche des troubles liés à l’orthophonie dans l’observation et le suivi des patients, notamment chez les nouveau-nés. Elle a évoqué l’intérêt de disposer d’éléments permettant de signaler systématiquement les difficultés observées et de faciliter ainsi l’orientation vers les professionnels compétents.

Cette vision s’inscrit dans une approche plus large du « prendre-soin » humaniste, fondée sur la complémentarité des métiers de la santé. Le discours prononcé lors de la cérémonie a rappelé l’importance du rôle des infirmiers et des autres professionnels paramédicaux dans la prise en charge quotidienne des patients.

L’orthophonie demeure une filière récente en Côte d’Ivoire. Pour l’année 2026, l’INFAS compte une cohorte pilote d’environ 25 étudiants, tandis que la promotion précédente comptait également une vingtaine d’étudiants.

Pour les responsables et les étudiants, la progression de cette filière dépendra aussi des résultats obtenus sur le terrain. Une meilleure visibilité des compétences des professionnels déjà formés pourrait contribuer à susciter davantage d’intérêt chez les étudiants et à faire connaître la profession auprès des familles.

La sensibilisation apparaît ainsi comme un levier essentiel pour rapprocher cette spécialité des populations et permettre une orientation plus rapide des personnes concernées.

La cérémonie a également enregistré la présence du préfet de la région des Grands-Ponts, Amani Michèle Hortense Lobouet, qui a lancé un appel à l’engagement et à l’excellence à l’endroit des futurs professionnels de santé.

Les étudiants ont été encouragés à rechercher l’excellence, aussi bien dans leurs connaissances théoriques que dans leur pratique professionnelle.

Le message porté lors de cette journée est donc clair : mieux connaître l’orthophonie, détecter plus tôt les difficultés et renforcer le travail en équipe constituent des conditions importantes pour améliorer l’accompagnement des patients.

À l’INFAS, la jeune filière entend ainsi poursuivre son développement, avec une ambition qui dépasse la formation de spécialistes : contribuer à une prise en charge plus précoce, plus coordonnée et davantage tournée vers l’inclusion sociale.